Le fromage qui fait couic-couic

4 09 2008

OK, je sais qu’on est jeudi et que ce texte parle de samedi, mais… je voulais le peaufiner avant de le publier…

Il est onze heures du soir et on est samedi. J’ai la face comme cuite d’avoir dormi une sieste trop longue. Tantôt, en revenant d’un repas de fête en famille, j’ai commencé par m’allonger tout habillé, dans mon lit. Ça fait une semaine que mon horaire de sommeil est à peu près n’importe quoi. Couché à 4h, un soir, à 2h l’autre. Levé à 8h, à 10h, à midi… À force, ça a fini par m’user et mon corps réclame réparation. Après avoir fait une première demi-heure de roupillon solide, je m’étais décidé à m’installer pour la nuit. De la marde pour une éventuelle sortie, je me sentais juste comme si j’avais reçu un uppercut de Tyson. Porte et rideaux fermés, ventilo pour me faire un bruit de fond et couvrir les bruits de la maison, surtout quand mes colocs allaient rentrer, etc. Il était 20h et j’étais déjà tout nu sous mes draps.

Il est onze heures du soir et je me réveille, un peu pâteux, mais quand même en forme. Je niaisouille sur Internet: courriels, facebook. Le fun lâche vite. Je m’installe pour lire mais j’ai l’esprit ailleurs. On est samedi soir et l’appel social du groupe en liesse qui s’alcoolise se fait sentir. Je rappelle mon ami qui m’avait lâché un wak plus tôt: il est en train de quitter le bar où il était. La soirée d’hier a été roffe pour lui et il rentre. Je n’ai pas l’énergie d’enfiler mon costume du samedi soir et mettre le cap sur une piste de danse. Par contre, l’idée d’un petit gin tonic ou deux en racontant des inepties fait son chemin dans ma tête.

Mais avec qui? Mon calepin est plein de noms, mais à cette heure-ci, je suis vraiment trop rincé; le coeur n’y est pas.

Me voilà sur mon bicycle, en route vers une poutine. Finalement. C’est une quête comme une autre et puis ça me suffira à croiser mon lot d’humanité sur le party. Il fait pas mal plus frette que prévu avec juste mes sandales, mes bermudas et mon t-shirt. L’automne est en train de nous tomber dessus lentement. Comme prévu, le monde est là, assis sur les trottoirs, la clope à la bouche, le rire sonore.

Je croise plusieurs filles à vélo. On dirait que leurs passages furtifs dans ma vue est encore plus insolant parce qu’il n’y en a aucune qui partage ma vie ces jours -ci. Je suis seul dans la ville, seul en ce samedi et c’est pas à’ soir que le problème va se régler, en allant me taper une poutine comme un vieil ogre dans un snack bar. J’ai le temps de ruminer tout ça un temps. Et passe une autre mignonne. Et une autre. Le sujet est éternel et mes pensées à ce propos meurent lentement dans le pédalier que je mouline tranquillos. En voyant une pub de Dunkin’ qui offre un wrap à 2$, j’ai le temps de me demander quels ingrédients vides ils prennent pour vendre ça à ce prix-là.

Et les filles se sont envolées de mon esprit.

J’arrive chez Jojo, qui vaut dix fois toutes les Banquises et les top 3 du Ici, quoi qu’en disent les hipsters de la poutine de ce monde. Juste en rentrant, tu le sais. L’odeur de la friture va te rester sur les vêtements, sur la peau, dans les cheveux. La clientèle est uniquement masculine et l’âge moyen buste aisément la trentaine avancée. La grosse serveuse attend, assise à une des tables vides, et j’ai le temps de m’ennuyer un peu au comptoir avant qu’elle ne constate ma présence. Le menu affiche un nombre incalculable de «P» suivi d’un chiffre… Poutine classique: P1. Poutine aux oignons: P2. Poutine végétarienne (ognons, piments, champignons): P17. J’opte pour la P6: poutine à la saucisse… Et je me contenterai d’une petite. Rien de bien extravagant comparé à la dernière fois où j’avais pris la grosse toute garnie, dont le chiffre trône dans les P30, je crois. La bonne femme hurle ma commande d’un ton sec et pas méchant au cuisinier qui est pourtant juste à côté. C’est un Espagnol ou quelque chose comme ça et elle lui câlle ça en français. Ça fait du bien comparé aux restos de fastfood de St-Denis où le français a passé l’arme à gauche depuis que les Grecs sont arrivés…

Je n’ai probablement jamais acheté le Journal de Montréal de ma vie, mais j’ai dû le lire une bonne centaine de fois, toujours dans des contextes de travail ou de resto. Ça fait comme partie de l’ambiance du fastfood, surtout tard le soir. Je m’installe. À la table juste en face, les trois bonshommes ont l’air d’enfants à la dérive. Il y en a un qui chiâle quand l’autre met du ketchup dans leur poutine et puis le troisième qui fait pas vraiment quoi que ce soit. Celui qui me fait face avec sa tête de Stallone magané ne peut pas être autre chose qu’Italien, même s’il parle joual comme toi pis moi. Rarement vu des yeux aussi tombants. À un moment donné, ils jasent du fait que la liqueur qu’il est en train de boire c’est de la cochonnerie. J’apprends pas grand’ vérité sur le monde moderne et je me plonge dans le Journal.

Je visite les histoires du jour en surface, puis ma poutine arrive, lourde de tits bouts de Higrade et dégoulinante de brun salé. Mon cholestérol bout. La waitrisse s’inquiète du breuvage que j’ai commandé. « J’ai rien pris madame » « Ah, c’est ça! » Elle sourit et s’en va. De retour dans le tabloïde, je sourcille en voyant que l’on suggère aux profs de commander leur lot de 10 ou 20 copies pour s’en servir comme « outil pédagogique ». Bah, dans le fond pourquoi pas… La pouts’ diminue dans l’assiette, pendant que j’enfle de joie.

Richard Martineau est un peu comme les olives quand j’étais jeune. Je n’aimais pas ça, mais je ne pouvais m’empêcher de re-tester périodiquement pour voir si mes goûts avaient changé. Je défile un peu sa colonne et finalement, je te descends ça jusqu’au bout. Son argument m’interloque, pour une fois. Il parle des artistes qui sont aller manifester pour qu’Ottawa ne coupe pas les 40 quelques millions annoncés. Il s’étonne que les artistes (j’aime bien cette catégorie si vaste et pleine de subtilités) si prompts à brandir la fleur de lys ne fassent pas cas qu’ils quémandent l’argent au fédéral. Hum, y’a effectivement de quoi de weird au royaume du Canada français. Le souverainisme est en hibernation profonde, j’en ai bien peur. Quand même les bien-pensants du statu quo le relève, il y a de quoi s’inquiéter…

En attendant, je me retiens pour pas lècher l’assiette avant d’aller payer. C’est alors que la vie, si ironique parfois, en profite pour me faire un clin d’oeil: l’homme qui semble être le gérant de la place, un gars de Trinidad, on dirait, jase lui aussi en français avec ma serveuse bedonnante. En additionnant l’Espagnol qui fricote aux fourneaux, le black qui est venu commander tout à l’heure et mon Stallone fatigué, ça fait quand même tout ça de petites victoires dans la poutine québécoise… Je vais pouvoir rentrer sans trop déprimer sur notre survivance et notre fierté face à Ottawa.

En rentrant, les filles d’automne à vélo me filent toutes entre les yeux, avec leurs casques design. Une dernière me nargue, je l’ai pas vue venir ; elle me passe sous le nez avec une odeur enivrante de cannelle et un sourire qu’on ne sait pas où elle s’en va.

Repu, pas triste et encore un peu sous le choc de ne pas détester complètement Martineau, je finis la soirée avec une rousse assez pétillante au bouquet charmant, tout en tapant l’entrée que vous lisez présentement. Seul bémol pour la rousse, c’est que, malgré les contacts répétés avec mes lèvres, elle demeure extrêmement froide. En calant sa dernière gorgée, je me passe la réflexion que c’était ma dernière et que je les trouve un peu indigestes, les rousses. Sur ma longue liste de choses à faire, j’écris « acheter quelques blondes ». Et j’ajoute (bière) entre paranthèse. Comme si j’avais des chances de me tromper…





Un char pis une barge de bla-bla-bla

2 09 2008

L’auteur est Montréalais de vie. Il trouve qu’à l’âge des communications les vraies choses ne se disent pas toujours.

Le blogue des choses simples traitera dans l’ordre – mais particulièrement dans les désordre – des sujets suivants: la gomme balloune, les fauteuils en rotin, les interdictions de stationner, la Chine (en tout et en particulier), la condensation sur les coupes de vin blanc, le camp d’entrainement du Canadien, la hausse du peso mexicain, la rue Wellington, les pères trappistes, le plastique, les gens qui passent sciemment sur la rouge, les chansons populaires, la mélancolie, la qualité du plywood, le gout du Coke, les sacs à suprises, tout ce qui est vert, se dit être vert, voudrait donc être vert, semble être vert mais ne l’est pas, Kim Jong-il, le plaisir du cigare, les documentaires sur les souffrances du monde, la curiosité maladive, les partys qui foirent, les heures d’ouverture de la Ronde, l’eau, les guéguerres, la couleur des bonbons, la vérité qui tue, le fromage qui pue, les chansons à répondre, le chômage à Montréal-Nord, les effets mirifiques des psilos, les moustiques de juin, la musique, les drapeaux, les glorieux ponants automnaux, les midis de semaine, les salades, les embouteillages, les décharges, Richard Desjardins, Pierre Perrault, les listes de tâches, le chocolat pur, les clés usb saturées, PKP, les amis, la poésie, les aurifères, le beat, le wulong, ma mère, les conseils qu’on ne prend pas, les souvenirs, le safran, le ménage qui s’accumule, la vidéo sur demande, les buffets à volonté, les garanties mur à mur, les effets de la publicité chez les jeunes enfants parqués devant la télé, les bienfaits des jeux vidéo sur les jeunes médecins, les outardes, le russe, l’attente, le génie, l’Islande parce que c’est tendance, les trucs beauté, l’errance, les mythes, le prix du gaz, la hausse du prix du gaz, les effets de la hausse du prix du gaz sur les aliments, les effets relatifs à la hausse du prix du gaz sur le prix des aliments dans le domaine de la restauration, les conséquence des effets relatifs à la hausse du prix du gaz sur les aliments dans le monde de la restauration, particulièrement en régions-ressources éloignées, les beautés naturelles, les ibis coréens, la fibre optique, l’érosion des berges de la rivière Moisie près de Sept-Îles, Barack Obama en vacances, les programmes de subvention, le restaurant Diner sur le Plateau qu’on m’a recommandé, mais où je suis pas encore allé, les conversations de partys, facebook et ses épiphénomènes, l’actualité ouzbek, la poutine et où la manger avec qui et pourquoi, le namedropping, les gargouillis, les chatouillis, les imbroglios, les imprésarios, les graffiti, les spaghetti, la ouananiche, les états-uniens, les chômeurs zélés, les singeries de toutes sortes, les trucs de grand-mère, les dernières oeuvres qui méritent notre attention, les raisons de s’indigner, l’anglicisation bien sentie des francophones hors Québec, les marchés aux puces, les poêles à bois et les jarres à biscuits, les chapeaux ridicules et les bas résille, les fêtes païennes, les raisons de la colère, la margarine jaune, la malbouffe dans les cafétérias, le toit du stade, les taxes sur les cigarettes, les nids de poule, les viaducs chambranlants, les projets de barrages, les partys de bureau, les indiens, les profits des institutions financières, les suicidés de novembre, l’armada des féministes, les scénarios catastrophe, les pauses café, les blockbusters à voir, les rencontres inspirantes, le headbanging, le bodysurfing, le streetracing, le bodypiercing, le wakeboard, le snowboard, le skateboard, le baseball, le softball, le basketball, le parkour, la rage au volant, les familles monoparentales, les sushis, le wasabi, le ylang-ylang, l’agar-agar, le mgs, la tps-tvq, l’hélicoptère TVA, les démangeaisons irritantes, les pilules, les résidences de vieux, les garderies à 7 piastres, les danses à 10, les quinzaines d’attente sur le pont de l’Île-aux-tourtes, les demi-heures perdues à s’épivarder, le piratage, les choses qu’on devraient pas dire et qu’on dit pas, les choses qu’on devrait pas dire et qu’on dit pareil, les recettes muffées dans les moments importants, les causes rassembleuses, les mauvaises habitudes, le gazon du voisin, le charme des accents étrangers, les expressions du terroir, la révolution de salon, la pollution lumineuse, la danse, les spéciaux sur le Nescafé, le kompa, la kumbia, le raï, le klezmer, la santé publique, les grands rêves, le bois d’oeuvre, la masturbation, le trac, les étourderies, les visites de courtoisie, les pourvoirires, les centre d’achats, les autoroutes, le manque d’imagination, les excès qu’on se permet, la simplicité volontaire, la complexité involontaire, le chocolat équitable, le café équitable, les tournevis équitables, le pétrole équitable et le plutonium équitable.

On va commencer par ça. Après, on verra.